Juliette Roche. L'insolite

Juliette Roche. L'insolite
Juliette Roche com
06 févr.
22 mai

Juliette Roche

L'insolite

Juliette Roche (1884-1980), épouse du peintre cubiste Albert Gleizes, était elle-même artiste et femme de lettres. Elle entretint avec Gaston Chaissac, que le couple accueillit pendant la guerre aux Méjades, à Saint-Rémy de Provence, une riche correspondance. Son œuvre, méconnue aujourd’hui, suscite un nouvel intérêt que cette première exposition rétrospective met en lumière.

Amis des Nabis, Juliette Roche devient leur élève à l’Académie Ranson dès sa création en 1908. Elle expose pour la première fois en 1911 au Salon des Indépendants avant de rencontrer l’année suivante, à la suite du Salon de la Section d’Or, Albert Gleizes et les membres du groupe de Puteaux. Emigrée à Barcelone et à New York pendant la Première Guerre mondiale, elle est liée à Francis Picabia et Marcel Duchamp et devient une figure familière du groupe Dada. A partir de 1927, elle accompagne le projet d’utopie sociale qu’Albert Gleizes concrétise avec la création des Coopératives artistiques et artisanales de Moly-Sabata. Elle développe, en parallèle à son activité artistique, une intense activité littéraire.

Si l’œuvre de Juliette Roche ressortit aux genres traditionnels de la peinture -portrait et autoportrait, paysage, scène de genre, nature morte, scènes bibliques ou mythologiques -, elle montre cependant une grande liberté d’interprétation des catégories formelles. Marquée par une vaste culture littéraire, par l’esprit fin de siècle et le décadentisme prégnants dans la culture et la société aristocratique de sa jeunesse, elle construit ainsi une œuvre où les contradictions s’intègrent avec cohérence. Entraînée dans l’enthousiasme des avants-gardes par un profond désir de révolution artistique, Juliette Roche est aussi une conscience lucide et critique des conséquences irréversibles qu’induit le profond bouleversement symbolique porté par la modernité. Ainsi l’œuvre trouve-t-elle son équilibre entre la célébration sensible du monde et la distanciation philosophique, « où la vie est vue sous l’angle d’une satire».

Exposition proposée par la Fondation Albert Gleizes, Paris, en partenariat avec le musée d’art et d’archéologie de Besançon et le musée Estrine de Saint-Rémy de Provence.

Commissariat scientifique : Christian Briend, conservateur au musée national d'Art moderne, Centre Pompidou, Paris