Poisson à roulettes

 

VICTOR BRAUNER

      

De son premier voyage à Paris en 1925, l'artiste d'origine roumaine Victor Brauner revient fortement marqué par l'œuvre métaphysique de Giorgio De Chirico, dont il reprend, à l'instar de Salvador Dali, Max Ernst ou René Magritte, la manière illusionniste et onirique. En 1930, installé à Montrouge, rue du Moulin vert, il fréquente Jacques Hérold, Constantin Brancusi et Yves Tanguy, qui le présente à André Breton. Il participe activement aux activités du groupe surréaliste jusqu'à son exclusion en 1948, suite à la mise à l'écart de Roberto Matta contre laquelle il s'était insurgé.

 

Artiste visionnaire, Victor Brauner avait peint en 1931 la prémonition de la perte de son œil gauche, survenue en 1938 lors d'une altercation entre deux camarades. A partir de références qu'il partage avec les surréalistes, l'attrait pour les arts primitifs, les sciences occultes et la psychanalyse, l'artiste a élaboré un langage plastique propre, évoluant vers l'épure, la stylisation, et le hiératisme des figures, femmes universelles, chimères ou créatures hybrides.

 

En 1982, grâce à l'aide du F.R.A.M. (Fonds Régional d'Acquisition pour les Musées), le musée de l'Abbaye Sainte Croix faisait l'acquisition de onze tableaux de la série Mythologies et la Fête des Mères. L'ensemble de ses œuvres réalisées en 1965 par Victor Brauner dans son atelier de Varengeville fut présenté juste après sa mort à la galerie Alexandre Iolas à Paris (1966). L'artiste avait eu le temps d'imaginer un plan d'accrochage des œuvres restituant son idée première (plan visible dans la salle). Ainsi, chacun peut mesurer l'importance de Mythologies et la Fête des Mères, considérée comme l'indique Henry-Claude Cousseau, comme « le testament du peintre et la synthèse qui tout à la fois résume son œuvre et la renouvelle par l'originalité audacieuse de sa conception ».

 

L'ensemble complet réunit quatorze pièces : neuf « Mythologies » et quatre « Mères » auxquelles s'ajoute le Bel Animal Moderne, assemblage de bois tenant autant de la sculpture que de la peinture. Toutes les œuvres sont assemblées selon le principe identique d'un panneau de toile peinte encastré dans un cadre de bois également peint et conçu selon une forme plus ou moins évocatrice. Aussi a t-on pu évoquer un esprit proche du « shaped canvas » littéralement « toile en forme » de mise dans l'art américain de la même période. Brauner ne séparait plus l'image de son cadre, la peinture de la sculpture. Cette nouvelle idée plastique montre à quel point l'artiste pouvait s'insérer dans la modernité.

 

Loin de l'illusion de la représentation scrupuleuse dans laquelle s'enlisaient quelques artistes surréalistes, Brauner juxtaposait des symboles, passant du particulier à l'universel. Les mots, joyeusement déformés, engendraient de nouvelles significations auxquelles la forme du châssis donnait corps : l'Automoma, l'automobile se mue en corps de femme, l'Aéroplapa en avion... Le cadre de La fin et le début prend l'apparence d'un serpent se mordant la queue.

Les « Mythologies » affirment une technique très ornementale. Les formes pleines, bien délimitées, occupent l'espace. Des couleurs assourdies, presque transparentes caractérisent cet ensemble. Dans la composition des figures Brauner a atteint sa perfection dans l'analogie formelle, la symétrie, la superposition. En revanche, les « Mères », peintes plus tard témoignent d'une certaine violence, rappelant une manière primitiviste. La figure frontale se simplifie, environnée d' « oripeaux » symboliques, plus emphatiques. Des couleurs criardes expriment aussi un certain archaïsme.

 

Les « Mythologies » et « La Fête des Mères », probablement inachevées, s'attachent à décrire ironiquement les grandes conquêtes techniques de l'homme moderne : elles en font « les avatars récents de mythes ancestraux ». La mère nature, la présence magique d'éléments symboliques peuplent ces images. Tout se rapporte aux énergies nées de la matière, au mystère de la naissance de l'homme : les quatre éléments dans Tableau à quatre pattes, la réalisation amoureuse dans l'Athanor, la maternité protégée dans l'Automoma... Chaque œuvre instaure son propre univers. Il faut également remarquer dans les « Mères » la profonde influence des figures tutélaires et quelque peu intimidantes des Vénus préhistoriques (Lespugue, Laussel...). Ainsi Brauner pouvait-il concilier l'humour, sa poésie et des formes venues de la nuit des temps.

 

A l'occasion de la présentation des œuvres de Brauner, au musée de l'Abbaye Sainte-Croix, le Musée National d'Art Moderne met en dépôt les trois œuvres manquantes de cet ensemble : l'Aéroplapa, la Coupe d'Amour et La Mère des Mythes. Ainsi l'ultime geste artistique de l'artiste est-il clairement montré. Ne pouvant respecter scrupuleusement l'accrochage réalisé en 1966, dans la galerie Alexandre Iolas, nous avons proposé une disposition plus libre des œuvres.

 

Agenda

Dimanche 22 et 29 octobre 2017 de 11h à 13h et...

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