L’héritage des avant-gardes
L’héritage des avant-gardes
Henri Le Fauconnier
Portrait du poète Paul Castiaux
Henri Le Fauconnier (1881 – 1946), Portrait du poète Paul Castiaux, 1910, huile sur toile, 87 x 73,5 cm
Le peintre Jacques-Emile Blanche décrit ainsi Henri Le Fauconnier : « Un des cubistes qui ne rejettent pas la figure humaine, mais au contraire semblent rechercher une intensité d’expression physionomique. » Avec ses amis cubistes, Le Fauconnier expose en 1911, dans la salle 41 du 27e Salon des Indépendants, L’Abondance et le Portrait du poète Paul Castiaux (1910). Castiaux, comme Jouve, Georges Duhamel ou Jules Romains, appartient au cercle de l’artiste. Avec des accords de gris et de terres brunes, renforcés par des glacis, le tableau tient son équilibre, les passages d’un plan à l’autre préservant jusqu’à l’expressivité du visage. Le cubisme de Le Fauconnier, austère, n’en reste pas moins raisonnable, contrairement aux recherches de Picasso ou Braque, absents du Salon, qui vouent à l’échec toute reconstitution du réel.
André Dunoyer de Segonzac
Deux nus
André Dunoyer de Segonzac (1884 – 1974), Deux nus, 1911, huile sur toile, 65 x 200 cm
André Dunoyer de Segonzac, formé à l’Académie Julian, se lie d’amitié avec les cubistes et participe à la Section d’or en 1912. Les Deux nus furent présentés au Salon des Indépendants de 1911. Il y peint des corps abandonnés, avec un fractionnement de plans cézannien, dans une matière épaisse d’ocre et de brun qui porte le souvenir de Courbet. L’étirement accroît le caractère ostentatoire et obscène de la composition dans une provocation, inhabituelle chez ce peintre, qui plut à Apollinaire. Dunoyer de Segonzac peint, dessine et grave alors des nus hardis, déstructurés, sans pour autant faire le saut cubiste.
Alberto Magnelli
Paesaggio n° 1
Alberto Magnelli (1888 – 1971), Paesaggio n° 1, 1914, huile sur toile, 70 x 55 cm
Alberto Magnelli (1888-1971), peintre italien autodidacte, se réclame du Trecento et du Quattrocento toscan. À Paris en 1914, il se lie avec Apollinaire et découvre le cubisme par le livre de Gleizes et Metzinger. Dans Paesaggio n°1, les formes, celles des maisons, des toits, des arbres, sont soumises aux deux dimensions du tableau, dans l’orthodoxie cubiste mais Magnelli s’y singularise par l’emploi de couleurs vigoureuses.
Juliette Roche
Masques dans une vitrine
Juliette Roche (1884 – 1980), Masques dans une vitrine, entre 1917 et 1918, huile sur carton, 75,5 x 54,5 cm
Amie des Nabis, Juliette Roche devient leur élève à l’Académie Ranson. Elle expose pour la première fois en 1911 au Salon des Indépendants et rencontre l’année suivante Albert Gleizes et les membres du groupe de Puteaux. Masques dans une vitrine appartient à la période new-yorkaise de l’artiste et témoigne d’un thème important dans son œuvre, depuis sa première apparition en 1912. Inspirés par les cultures africaines, asiatiques ou précolombiennes, ces masques sont repris dans plusieurs compositions, présentés en nombre, en gros plan ou en un assemblage serré. Très schématiques dans cette version, ils viennent ponctuer une composition dynamique animée de lignes obliques et de formes en éventail qui renvoient à une autre série, celle des « femmes sur les ramblas » sur laquelle elle travaille à Barcelone à la même époque.
Jean Launois
Algérienne debout devant le bahut
Jean Launois (1898 – 1942), Algérienne debout devant le bahut, 1926, pastel et fusain sur papier
Jean Launois est le fils du sous-préfet des Sables-d'Olonne qui, repérant des dispositions précoces, l’encourage dans la voie artistique. En 1920, il réussit le concours de la Villa Abd-el-Tif et part en Algérie. L’expérience le marque et il passe désormais son temps entre l’Algérie (la Casbah d’Alger et ses prostitués sont une grande source d’inspiration), sa Vendée natale (il est le pilier du Groupe de Saint-Jean de Monts et dessine sur le motif des scènes paysannes ou des paysages maraîchins) et la capitale, où il vit la vie des Montparnos. Artiste du réel, Launois portraiture ses personnages dans leur environnement avec une tendresse mêlée de respect. Fervent admirateur de Toulouse-Lautrec, influencé par Marquet qu’il rencontre en Algérie, il compose une galerie de portraits qui allient chatoiement des couleurs, des bijoux et des costumes, et climat orientaliste.
Marcelle Cahn
La Rue
Marcelle Cahn (1895 – 1981), La Rue, 1927, huile sur toile, 67 x 84 cm
Marcelle Cahn, formée auprès de Lovis Corinth à Berlin, découvre à la galerie Der Sturm d'Herwath Walden l’expressionnisme et le cubisme. Installée à Paris en 1923, elle suit les cours de Fernand Léger et Amédée Ozenfant à l’Académie moderne. Dans La Rue, elle prend fait et cause pour les théories puristes et se souvient des Remorqueurs de Fernand Léger, qui se réclame d’un « ordre absolu » par un rapport équilibré des volumes, des lignes et des couleurs vigoureuses et qui met l’accent sur la beauté des objets modernes et sur une société régulée, notamment par l’architecture.
Max Beckmann
Paysage avec bûcherons
Max Beckmann (1884 – 1950), Paysage avec bûcherons, 1927, huile sur toile, 101 x 61 cm
Formé à Weimar, l’artiste allemand Max Beckmann se démarque des expressionnistes par son refus du primitivisme. Son art s’adosse aux modèles anciens tels que Grien, Holbein ou Signorelli. En 1925, il participe à l’exposition de la Nouvelle Objectivité à Mannheim. Paysage avec bûcherons, plus apaisé que les descriptions urbaines, froides, inquiétantes, proches de l’Apocalypse qu’il peignait dans les années 1920, traduit un renouveau. Il peint l’univers rassurant de la forêt, un monde au travail et le berceau d’un mythe allemand.
Albert Gleizes
Composition
Albert Gleizes (1881 – 1953), Composition, 1945, huile sur toile, 73 x 30 cm
Albert Gleizes est un maître reconnu, acteur majeur du « cubisme des Salons ». En 1911, il expose au sein de la salle 41 qui popularise le mouvement au Salon des Indépendants. L’année suivante, il en rédige avec Jean Metzinger une sorte de vade mecum, Du cubisme. Il appuie sa pratique de la peinture sur deux facteurs-clefs, la translation et la rotation des plans, dont la conjonction vient animer l’espace immobile du tableau. Son mysticisme éclairé le conduit en 1918 à se convertir au catholicisme. Cette œuvre, liée à la série des Supports de contemplation amorcée en 1942, est fondée sur un principe de giration des motifs qui dynamise la composition et permet d’exprimer une ferveur mystique sans recourir à l’iconographie religieuse.